Paroles d’encordée : Ségolène

Je suis Ségolène, j’habite à Annecy, je suis lectrice-correctrice et coordinatrice éditoriale et éditrice en freelance.

 

Éditrice indépendanteLa Cordée : On parle beaucoup du Web, de rédaction et d’édition de sites Web. Mais l’édition, c’est avant cela les livres ! Parle-nous de ce que tu fais dans l’édition.

Je suis en lien avec des maisons d’édition, plutôt parisiennes, la Scène Nationale de Besançon ou des petites entreprises pour une publication ponctuelle. Je travaille principalement dans la littérature destinée aux adultes, c’est-à-dire peu de littérature jeunesse, même si j’aime beaucoup ça ! Ça va des essais politiques (très sérieux) aux guides pratiques (familles, enfants, bien-être, très en vogue), en passant par les ouvrages pour ados et jeunes adultes du type escape books ou livres d’humour, également sur certains titres de la collection « Pour les Nuls » (First éditions). Ce que je relis le moins, ce sont les romans.

Editrice indépendante

Concernant ce que je fais au quotidien, je peux avoir différents rôles selon les missions. Je peux être appelée comme éditrice externe. La maison d’édition me confie un livre après avoir briefé l’auteur. Je récupère le manuscrit, je le lis et le corrige, je travaille le texte, je guide l’auteur sur certaines reformulations, je fais quelques suggestions et je valide avec l’éditrice ou l’éditeur « interne » les propositions faites par l’auteur.
On fait aussi appel à moi pour de la relecture sur épreuves. Il s’agit d’un texte déjà maquetté et préparé par d’autres sur lequel je fais le dernier travail de correction. Il arrive parfois que les éditeurs n’aient pas eu le temps de préparer la copie (c’est-à-dire faire le premier gros travail de relecture) et donc le boulot sur épreuves demeure important.

Quant à la coordination éditoriale, je suis cheffe de projet sur un livre. Je fais l’interface entre l’auteur, la maquettiste et/ou l’illustratrice. Je parle beaucoup au féminin, car c’est un univers majoritairement féminin. Il y a tout de même parfois quelques hommes assistants d’édition ou éditeurs !

Enfin, je travaille régulièrement avec mon associée, Caroline, dans le cadre de l’Atelier du livre. C’est super, très confortable et dynamique puisque nous proposons du packaging ensemble depuis quelques années déjà. Ça représente un gain de temps pour nous comme pour les maisons d’édition, car elles n’ont qu’un seul interlocuteur.

La Cordée : Quel rapport entretiens-tu au livre ?

J’ai toujours aimé lire, je me souviens même de mon apprentissage de la lecture ! À titre personnel, ça m’ouvre au monde, ça me permet de m’évader, de rêver.
À titre professionnel, j’aime la langue française, ça me plaît beaucoup de connaître l’origine des mots. J’aime découvrir des univers, la façon dont les auteurs s’expriment, et même découvrir le monde, car j’apprends des tas de choses ! La plupart des livres sur lesquels je travaille, je ne les aurais pas achetés ou pris à la bibliothèque. C’est passionnant !

La Cordée : Depuis combien de temps fais-tu cela ? As-tu été contrainte de te « digitaliser » ? Comment ton activité a évolué ?

Cela fait une dizaine d’années que j’exerce ce métier. Au départ j’étais salariée, je n’avais pas le choix des relectures, je bossais 8 heures par jour. C’est beaucoup pour de la relecture !
Lorsque je me suis lancée à mon compte, j’ai pris contact avec des maisons d’édition qui me plaisaient. Ça été l’un des gros avantages, ainsi que de nouer avec mes interlocuteurs des relations pérennes et fondées sur le respect. Même si c’est formidable en termes d’organisation et de choix des clients, du point de vue « avantages », on est quand même loin derrière les salariés.
De nombreux métiers du monde de l’édition sont maintenant externalisés, tels que les correcteurs ou les maquettistes. Des métiers intermédiaires se sont mis en place. Lorsque j’ai le rôle d’éditrice externe, mon interlocutrice n’est pas « éditrice », mais « responsable éditoriale ». Elle gère le suivi comptable, le brief de départ de l’auteur… et donc le suivi éditorial est fait en externe.

Les délais se sont raccourcis et j’ai l’impression que la production a augmenté. Une maison m’a même proposé plus de livres que l’année dernière, mais en baissant les tarifs ! Heureusement, ce n’est pas le cas partout.

Concernant l’aspect numérique du métier, au début, je faisais mes relectures uniquement sur papier. C’était confortable, mais il fallait reporter les corrections en informatique. En fonction du délai, du tarif et du travail qui est demandé, je choisis le papier ou l’écran comme support de travail. Mais, je trouve que travailler sur écran est pratique : pas d’impressions à faire ni de gros envoi postal, une grande efficacité pour l’unification des corrections et la recherche d’éléments du texte. Dorénavant, la plupart du temps, je relis sur écran – j’ai pris l’habitude, je n’ai plus l’impression d’avoir loupé plein de choses comme au début ! – et je termine par une relecture sur papier pour les ouvrages dont je suis l’éditrice.

La Cordée : Toi et ton activité, dans 5 ans, ça donne quoi ?

Je me vois toujours dans l’édition. Justement, ça me travaille en ce moment, je suis une formation sur la littérature jeunesse. J’aimerais gagner plus d’argent notamment en faisant plus de coordination éditoriale, c’est mieux payé. Monter sa propre maison me semble très complexe, ça ne m’intéresse pas.
Et pourquoi ne pas écrire un jour un livre entier ! Le travail ultime, celui de la matière qui fait les livres. Je suis admirative des gens qui arrivent à construire un ouvrage, c’est un sacré boulot !

Témoignage - éditrice indépendante

 

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Merci à Sophie Spéciale pour ses illustrations (@superspeciale).

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