Paroles d’encordée : Alice

Je suis Alice, j’habite Lyon et je suis rédactrice spécialisée dans le droit.

 

Témoignage - métier rédactionnel - éditionLa Cordée : Peux-tu nous parler de ton activité ? Si on te croise à la Cordée, que te voit-on faire ?

Je suis rédactrice spécialisée indépendante en droit du travail. Je collabore sur des ouvrages collectifs et écrits des articles d’actualités pour une maison d’édition professionnelle.

En droit du travail, les ouvrages sont écrits à plusieurs mains : des professeurs de droit peuvent par exemple se charger de la théorie, et pour les ouvrages plus pros, ce sont plutôt des avocats, des consultants et des rédacteurs, comme moi. Au sein de la maison d’édition, les salariés écrivent aussi des articles. Ces divers apports permettent une approche différente. Par exemple, lorsque l’on traite du licenciement, on peut faire appel à des avocats pour leur expertise. Cependant, leur regard étant parfois partial, les rédacteurs en chef de la maison d’édition ont pour rôle de « lisser » le contenu.

Si vous me voyez à la Cordée, vous me verrez en train de taper au clavier, de rédiger, de me creuser la tête, de lire des articles ou des bouquins, éventuellement de soupirer si je ne comprends pas ce que je lis ! C’est mono-tâche, mais pas monotone ! Ça me plait vraiment.

Ce que vous ne me verrez pas, ou peu, faire, c’est passer des appels et jamais recevoir des clients, car mes missions ne le nécessitent pas.

Témoignages - Métier rédactionnel

La Cordée : Pourquoi as-tu changé d’activité ?

J’ai été avocate en cabinet pendant 3 ans. Le métier d’avocate n’était pas fait pour moi. Et comme j’étais jeune et pleine de fougue (sic), je suis partie un an au Canada !

Quand je suis revenue j’ai été approchée par mon actuelle maison d’édition, au moment où je définissais mon nouveau projet professionnel. Une belle opportunité ! J’ai d’abord fait un CDD en remplacement d’une « coordinatrice éditoriale ». Je corrigeais, mettais en forme ce qu’avait fait des rédacteurs extérieurs et j’écrivais des articles pour deux ouvrages. Ensuite, j’ai proposé à la maison de devenir l’une de leurs rédactrices freelance.

Au départ, la solitude n’était pas simple, mais j’ai trouvé la solution du coworking. Je ne suis pas en micro-entreprise, mais j’ai le statut d’auteur (AGESSA) qui est un peu comme la Maison des artistes. La couverture sociale protège mieux. J’ai par exemple le droit au fameux congé maternité qu’ont les salariées. C’est énorme !

La Cordée : En somme, tu es une intermédiaire entre les entreprises et le milieu juridique. Qu’observes-tu ?

En entreprise, le droit est parfois perçu comme un obstacle, au lieu d’être perçu comme un outil. Le but de nos ouvrages, c’est de rendre le droit accessible, utile et même utilisable !

Au fur et à mesure qu’on actualise les ouvrages, on essaye toujours d’expliquer les nouveautés en montrant l’intérêt pratique des lois, décrets et ordonnances et aussi des décisions de justice (la jurisprudence).

Je pense, par exemple, à la nouvelle institution du personnel créée par les ordonnances dites « Travail » (de septembre 2017). Avant, en entreprise, il y avait les délégués du personnel, ainsi que le comité d’entreprise, et le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Les ordonnances ont fusionné tout ça pour faire naître le comité social et économique. Je dois donc expliquer cela le plus clairement possible et de manière complète. Et en même temps, cela permet de dédramatiser auprès des petites entreprises, de les rassurer en vulgarisant des lois complexes.

Nous ne sommes pas en lien direct avec les entreprises, mais ce que l’on constate c’est que le nombre d’abonnés à nos ouvrages augmente ou ne diminue pas selon les cas. Au regard des profils des abonnés, on sait également si on touche plutôt les PME, les syndicats ou les grandes entreprises. De manière générale il y a de la demande et nous semblons donc utiles !

J’ai l’impression que le “non-juriste” a du mal à s’approprier le droit, alors que c’est certes complexe mais pas compliqué. J’aime l’idée de combattre le côté chasse-gardée du droit.

La Cordée : Comment envisages-tu ton activité dans 3 ans ?

Dans ce milieu, je constate un mouvement d’accélération, avec la mise en place des ouvrages et journaux numériques. Je sais que je vais avoir du travail car le rythme s’intensifie. Il faut actualiser sans cesse les contenus en ligne. C’est une bonne sécurité d’emploi pour moi.

Par ailleurs, j’aimerais bien m’orienter vers de la formation. Ce serait la suite logique, d’expliquer à l’oral ce que je décrypte à l’écrit, puis d’animer des formations avec “des vrais gens” !

J’imagine des formations en entreprises, éventuellement auprès des syndicats patronaux et salariaux.

Cependant, le milieu de la formation est aussi en mutation. Dans les années à venir, il existe un risque que seuls de gros organismes de formation puissent vraiment tirer leur épingle du jeu. Pour dispenser des formations en entreprises, il vaut mieux être un organisme dont les formations sont éligibles au compte professionnel de formation (CPF) et ce afin que le coût de la formation soit automatiquement pris en charge.

Tel qu’on peut le comprendre, la liste de ces organismes va sans doute se restreindre (alors que les droits de formation, eux, ont plutôt augmenté, ce qui est très positif). Si mes cibles, en tant que formatrice, sont les salariés ou les syndicalistes, il faudra rentrer dans les clous.

En tout cas, pour l’avenir, ce qui est sûr, c’est que je vais rester avec ma maison d’édition, ça se passe bien ! Ils me fournissent du travail pour que ce soit confortable, je n’ai pas besoin de faire jouer la concurrence.

Envie d’en apprendre plus sur les métiers rédactionnels ? C’est par ici !

Merci à Sophie Spéciale pour ses illustrations (@superspeciale).

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