Parole d’encordée : Cécile

Je suis Cécile, je vis à Rennes et je suis architecte 

 

La Cordée : Qu’est-ce que ton métier d’architecte implique ?

J’exerce trois activités différentes, qui s’enrichissent les unes et les autres, qui sont finalement complémentaires.

architecture

À l’origine, et encore aujourd’hui, je suis architecte DPLG (Diplômée par le Gouvernement). Ce statut n’existe plus, ce qui veut dire que je suis vieille ! Je fais aussi de l’enseignement à l’école d’Architecture de Rennes et j’exerce la fonction d’Architecte Conseil de l’État en Indre-et-Loire.

J’exerce cette dernière 2 à 4 jours par mois. Mon rôle est de promouvoir les politiques de l’État actuel (renouvellement urbain, développement durable dans la construction et l’urbanisme, revitalisation des centres-bourgs…). J’accompagne les agents de la direction départementale des Territoires à avoir une relecture qualitative de ces exigences, à apporter une dimension projet à la loi.

En tant qu’architecte libérale, je suis en train d’achever, en co-traitance avec un confrère, ainsi qu’un bureau d’études structures et fluides et un économiste de la construction, un appel d’offre pour un projet de 52 logements sociaux qui fonctionneront en démarche participative.

Par ailleurs, je travaille sur une étude de faisabilité architecturale, avec une équipe d’urbanistes spécialisés, un paysagiste et un juriste. Il s’agit d’un projet de rénovation d’un site naturel à la Trinité-sur-Mer. Pourquoi une étude de faisabilité ? Car il y a beaucoup de règlements (loi Littoral, Préservation des espaces naturels…). On ne sait pas si ce projet pourra être réalisé. Nous sommes en amont de la maîtrise d’œuvre. Je ne suis pas l’architecte qui déposera le permis de construire, mais je suis là pour faire en sorte de lever tous les freins réglementaires et qu’on nous accorde l’idée de faire ce projet.

C’est ce qu’on appelle l’assistance à la maîtrise d’ouvrage (AMO). Ça me permet d’impulser des idées, d’être rapide et efficace, sans avoir le même investissement en temps et en responsabilité qu’un architecte qui participe à la mise en oeuvre du projet.

La Cordée : Depuis combien de temps exerces-tu cette profession ? Et comment a-t-elle évolué ?

Je suis architecte à mon propre compte depuis 14 ans, depuis la fin de mes études. J’ai appris sur le tas, sans expérience salariée. Ça a été sûrement plus difficile, mais j’ai pu développer ma propre démarche et ma méthode de travail. L’évolution de ce que je fais est liée à la fois à la situation économique de la France, et à la fois à la diversification de mon activité.

Je ne veux pas généraliser, mon métier a changé en lien avec mon histoire. Avant la crise financière de 2008, les affaires se faisaient avec légèreté. La crise est passée par là, ça s’est tendu. J’ai dû me diversifier en faisant du marché public. Tout était toujours à négocier, on nous pressait, nous avions moins de marge de manœuvre dans nos pratiques. Les architectes avec qui je travaillais et moi-même avions des envies d’innovation à la fois dans la façon d’envisager nos pratiques, mais aussi dans le choix des matériaux. Dans ce contexte ça s’est avéré plus compliqué.

J’ai eu l’opportunité de faire de l’enseignement et du conseil, ce qui a soulagé mon activité et m’a permis d’avoir un apport financier stable.

Compte tenu du contexte pas évident, certains architectes se sont simplifiés la vie en travaillant avec des techniques de base et peu d’innovation architecturale, ainsi que des honoraires à ras les pâquerettes, ce qui fait du mal à la profession. Mais d’un autre côté, de nouvelles formes de travail ont émergé, plus collaboratives, des SCOP se sont montées… Dans l’école où j’enseigne, beaucoup de projets qui en sortent sont collectifs et non plus individuels comme c’était le plus souvent le cas à ma sortie d’études.

La Cordée : Tu as carte blanche pour réaliser un projet architectural, ce serait quoi ? Autrement dit, vers quoi aimerais-tu tendre ?

Le pire pour moi c’est d’avoir carte blanche ! Mon métier se fonde sur les contraintes (contexte, économie, usages, règlements…) du projet et c’est ainsi, pour moi, que la créativité peut avoir lieu : résoudre toutes les contraintes grâce à l’architecture, l’agencement de l’espace… Comme une énigme à résoudre !

Encore une petite lecture ? Il y a encore d’autres témoignages par-là !

Merci à Sophie Spéciale pour ses illustrations (@superspeciale).

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