La Cordée, son équipe et son management

Entreprise libérée, bienveillance et nom du poisson

On parle souvent ici de cohérence et de pérennité. Et l’une des premières sources de cohérence (et donc de pérennité) à nos yeux est de s’appliquer à soi-même ce qu’on applique aux autres.

Que vaut un espace de coworking qui prône la collaboration entre ses membres mais se voit comme concurrent d’autres espaces ? Et que vaut un espace qui prône une nouvelle manière de travailler, apaisée, stimulante et conviviale, s’il ne le met pas en place pour ses équipes ?

On a donc décidé de faire un parallèle entre ce que nous proposons à nos membres et ce que nous mettons en place dans notre structure, pour donner un exemple d’une entreprise d’aujourd’hui qui essaie de tracer sa propre route en évitant les modèles éculés. Et qui essaie, au maximum et sans y arriver toujours, d’être solidaire, humble, enrichissante et conviviale.

Faire grandir professionnellement

L’un des buts premiers de la Cordée est de faire « grandir » les gens qui y travaillent, en leur apportant (dans le désordre) un peu de sérénité, une communauté réunie autour de valeurs, des opportunités professionnelles, des moments de convivialité, et du soutien quand ça ne va pas.

pyramide_maslowEn y réfléchissant, on s’est dit que la pyramide de Maslow telle qu’elle a été pensée ne faisait plus autant sens pour notre génération (X et Y) que pour les générations des Trente Glorieuses. En effet, les ressources nécessaires pour satisfaire les étages du bas de la pyramide sont aujourd’hui rapidement réunies. L’important, en tous cas pour l’équipe de la Cordée, est donc d’en maximiser le haut : l’apprentissage, l’autonomie, le sentiment d’accomplissement.

Nous consacrons donc la majorité de notre énergie à faire grandir et sortir de leur zone de confiance les membres de l’équipe, tout comme on le fait avec les encordés (pour ces derniers, en changeant les meubles de place régulièrement par exemple…) :

  • Autonomisation la plus rapide possible en arrivant
  • Projets globaux : Ruche qui dit Oui, événements, communication, prospection…
  • Déménagement de Cordée, quand la routine s’installe
  • Rôle de « grand frère » pour les nouvelles recrues

L’horizontalité comme source de créativité et d’épanouissement

Encordés et équipe au même niveau

23.05 - Un an de LibertéNous peaufinons notre fonctionnement quotidien pour limiter au possible la relation hiérarchique entre nous et les membres de la Cordée. Par exemple, nous évitons de développer certaines offres (secrétariat, assistance administrative). À nos yeux, sortir d’une relation de pair à pair, où tout le monde a les mêmes droits et personne n’ordonne à personne, c’est permettre de faire éclore une bienveillance et un sentiment de communauté inaccessibles autrement.

Couteaux-Suisses et fondateurs : de même !

De même, nous essayons dans le fonctionnement de l’équipe de pousser l’horizontalité le plus loin possible. Bien sûr, nos responsabilités juridiques (si un accident arrive, ce sont les gérants qui sont responsables) et financières (cautions personnelles…) de gérants compliquent la tâche, mais nous nous efforçons de coordonner et cultiver plus que de contrôler et de commander. Notre âge (28 ans tous les deux) y aide, en nous rappelant humblement que la majeure partie de l’équipe est plus âgée que nous.

Julie et moi visons à être avant tout des personnes-ressource, disponibles à la demande sur certains sujets, comme d’autres membres de l’équipe sont également disponibles sur leur domaine d’expertise. La décentralisation de la Cordée (des Cordées dans 5 villes différentes) force à aller vite dans ce sens-là, si nous souhaitons garder l’esprit et la convivialité qui sont essentiels.

On nous rétorquera (on l’a entendu) que ce genre de fonctionnement n’est pas envisageable partout, et que le « contrôle » des employés est souvent nécessaire. Nous pensons (et pouvons le prouver) que lorsque nous traitons les gens en adulte (en leur faisant confiance), ils répondent en adulte. Lorsque nous leur parlons comme à des enfants (en contrôlant), ils répondent en enfants capricieux.

Et c’est vrai des clients comme des salariés. Nombre de visiteurs s’étonnent du respect des membres de la Cordée pour les lieux qu’ils occupent (pas de vol malgré l’ouverture 24h/24, nettoyage par chacun de sa tasse de café…), sans comprendre que c’est parce qu’on laisse aux gens l’opportunité d’être responsables qu’ils le sont.

La vérité sort du terrain : le processus de décision

L’entreprise et ses clients

Nous commençons (enfin) à vivre dans un monde où il est acquis que l’entreprise doit être à l’écoute de ses clients. Pour nous, il est inconcevable de construire un projet (et encore plus dans l’économie collaborative) en enfermant la décision dans sa tour d’argent.

Nous ne dérogeons pas à la « règle », en interrogeant les membres de la Cordée sur tout, des grandes évolutions (tarif, nouvelle ville) aux toutes petites (thème de l’apéro ou nom du poisson). Et nous mettons notre stratégie et nos finances à plat tous les deux mois, lors des désormais fameux Feu de Camp, pour en discuter ouvertement avec tous ceux que cela intéresse.

Au sein de l’équipe

201503 - WE JuraPour nous, cela doit s’accompagner de la même dynamique en interne. Il est si simple de décider vite, en équipe resserrée, sans voix discordante. Mais on se trompe souvent, et surtout, comment croire qu’une équipe a envie d’appliquer des décisions sur lesquelles elle n’est pas consultée ?

Nous nous réunissons (toute l’équipe) chaque semaine, deux heures, pour parler à la fois de sujets stratégiques pour la Cordée (première moitié de la réunion) et des sujets du quotidien (seconde moitié). Entre consultation et processus de décision, ce moment permet de mettre en perspective nombre de sujets qui seraient décidés autrement à la volée, au détriment d’une vision d’ensemble, respectant la volonté d’impact large et pérenne.

Le recrutement

Cela va plus loin dans le recrutement d’un nouveau Couteau Suisse. Les candidats sont d’abord reçus par un Couteau Suisse en poste, puis rencontrent ensuite les fondateurs avant un entretien final (et décisif) devant l’assemblée des Couteaux Suisses. Qui choisissent de ce fait leurs futurs collaborateurs, et se portent responsables de sa bonne intégration.

La place de l’argent et du sens

L’argent et notre relation avec les encordés

Sujet central sur la question de la pérennité, l’argent a toujours été traité avec soin dans la relation entre la Cordée et les membres.

D’abord parce qu’en tant qu’entreprise solidaire, nous avons toujours ouvertement affirmé que l’argent était une condition nécessaire à la pérennité et le statut de SAS un choix pour permettre d’avoir plus d’impact, mais que la rentabilité resterait toujours un moyen de maximiser l’impact social, et non le contraire.

Les membres eux-mêmes ont profondément intégré cette place secondaire de l’argent en s’élevant par exemple fin 2012 (certains en parlent encore avec émotion) contre une évolution de tarif (différencier les tarifs pour ceux qui vont dans une seule Cordée et ceux qui en fréquentent plusieurs) qui leur paraissait « remettre l’argent plus au centre de la relation [membre-Cordée], alors que ce n’était sinon le cas qu’une fois par mois, lors de la facturation ».

La question des salaires

Cette conviction est également centrale dans la relation entre la Cordée et son équipe. En tant que jeune structure, dont l’équilibre économique est encore précaire, la Cordée ne peut pas se permettre de proposer des salaires mirobolants. Nous basons donc les modèles de gratification sur plusieurs principes qui semblent représenter plus de valeur pour l’équipe que la question du salaire le plus élevé possible.

  1. Un salaire fortement variable, annexé sur plusieurs critères personnels (fréquentation de sa Cordée, événements organisés) et surtout sur plusieurs critères globaux (CA global de la Cordée, gain net de membres mensuels –> jusqu’à 700€/mois). La réussite de la Cordée est une réussite d’équipe.
  2. Une attention maladive à rendre le travail quotidien de moins en moins pénible et de plus en plus fun. La pénibilité n’est pas une fatalité, et nombre de démarches et de processus peuvent être améliorés, et laisser plus de temps à la meilleure partie du travail. Pour nous, c’est le temps avec les membres, à animer, orienter, connecter.
  3. Une attention au temps, la vraie ressource rare de nos jours. Nous avons découvert rapidement que ce n’est pas l’incitation financière qui donnait envie à un collaborateur de prendre en charge un projet mais la perspective d’y apprendre des choses, et le temps qu’on lui accorde pour le faire. Nous avons donc développé un marché de projets internes, et chaque projet se voit assigné un certain nombre de Crédits-Temps, demi-journées où le Couteau Suisse est remplacé dans sa Cordée, et peut se concentrer sur le projet.

[Mise à jour sur ce sujet : Article Repenser les salaires en équipe]

Conclusion

Quelle conclusion tirer de cela ? Simplement que ce qui nous paraissait avant de démarrer la Cordée des utopies réservées à certaines entreprises d’une taille importante et ayant la chance de voir passer un dirigeant humaniste est en fait accessible.

Accessible à une petite structure qui démarre et se construit sur des modèles de management innovants.
Accessible à une structure qui a une équipe diversifiée, où les gens, au-delà des caractères, reconnaissent vite l’attention qu’on leur porte et souhaitent participer à l’écriture d’un modèle plus apaisé.
Accessible enfin à des structures qui n’ont pas beaucoup d’argent, mais qui mettent un sens enragé dans ce qu’elles font.

2 réponses
  1. Christophe N.
    Christophe N. says:

    Hello La Team Cordée, Je suis un heureux membre et profiteur des fruits de votre magnifique projet (depuis 2012 : Team Fossile !). Juste un mot pour vous dire mon soutien, moral, financier, humain et tout : je cherche également à réussir cette « autre entreprise » à mon échelle encore plus modeste et c’est formidable de tenter un rêve quand on a la chance de certains choix. Question référence sur l’entreprise libérée, vous n’avez pas besoin de moi mais je consulte ce travail de chercheur sur les exemples qui marchent : http://www.reinventingorganizations.com et pour se donner envie (encore), il y a le reportage d’Arte, Le Bonheur au Travail : http://www.arte.tv/guide/fr/051637-000/le-bonheur-au-travail
    A l’occase, j’aurai surement besoin de vos conseils aussi !
    Christophe

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