Ambition, valeurs et modjo

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Une question s’est posée dès la création de la Cordée : est-ce que ce modèle d’une Cordée sur plusieurs espaces, avec l’ambition de constituer un réseau sur le territoire lyonnais est compatible avec l’idée d’une communauté de membres soudée et des valeurs fortes (entraide, éthique des affaires, profits modérés, écologie…) ?

On a en tête ces projets (The Body Shop ou Quiksilver par exemple), qui en grandissant ont perdu leur modjo si particulier. Et, à l’opposé, des projets comme Patagonia ou Ben & Jerry’s qui ont su garder caractère et impact positif malgré leur croissance.

Nota bene : Nous avons beaucoup été inspiré dans cette réflexion par un livre fantastique : Small Giants, de Bo Burlingham.

Mais qu’est ce qui disparait lorsqu’un projet grandit ?

L’implication des fondateurs

Ils ne sont plus là au quotidien, pour tout faire, avec l’énergie de l’espoir dans leur projet. Ils sont peu à peu remplacés au quotidien par une équipe.

La réactivité

La structure de décision s’alourdit. Et les décisions, si rapides à prendre au démarrage, peuvent désormais prendre plus de temps.

L’attachement local

En multipliant les lieux d’implantation, on perd peu à peu l’attachement local, l’intégration dans un quartier et dans sa vie si particulière.

La liberté financière

En grandissant, on a besoin de se financer avec des acteurs de plus en plus exigeants. Des amis, on passe à la banque, puis aux business angels, voire aux fonds d’investissement et à la bourse. De tels financeurs signifient bien plus de pression sur les résultats financiers, voire une perte de contrôle du projet si on est obligé de vendre plus de la moitié du capital à d’autres. On se retrouve donc plus limité dans les projets innovants et bienfaiteurs. Et on peut même transformer un projet en l’ombre de lui-même, en en faisant une simple machine, arc-bouté sur ses acquis pour en tirer le plus de résultat possible, dans une logique de court terme.

Rien de très agréable à imaginer, mais malheureusement une situation que l’on voit se répéter encore et encore. Une fois posés ces risques, se pose enfin la question la plus intéressante…

Comment garder son modjo, ne pas perdre ses valeurs, tout en grandissant ?

Les garde-fous

Pour ne pas perdre les fondamentaux, le plus puissant des moyens est de donner la parole aux parties prenantes. Plus la liberté de parole est forte, plus tôt on saura que quelque chose ne va pas. Nous donnons donc la parole à nos membres, qui peuvent parler aux fondateurs, à l’équipe, donner leur opinion sur l’intranet ou les réseaux sociaux, lors des événements ou des déjeuners. En leur donnant la parole (et plus important encore, en respectant et écoutant la réponse), on s’évite bien des errements.

La culture

Le fait qu’une équipe prenne peu à peu la place des fondateurs n’est pas un mal en soi, bien au contraire. Chaque nouvelle personne amène son caractère et ses idées. L’enjeu est de réussir à faire de la vision initiale une vision partagée, et d’intégrer les idées de l’équipe à la vision globale. Ici encore, c’est l’écoute et l’attention à leurs envies et leurs difficultés qui fédèrent la structure, et permettent de garder au maximum le ton et l’énergie des débuts.

Le rythme de croissance

On peut choisir de grandir, mais on peut également choisir à quel rythme. Car avoir un rythme de développement raisonné a plusieurs conséquences positives. D’abord, cela permet de se financer à plus petite échelle, et donc de limiter la pression financière. Ensuite, cela donne le temps d’alterner phase d’expansion et phase d’approfondissement (ou de réapprofondissement si besoin) du projet et des valeurs. Enfin, cela permet de garder un attachement local, dans notre cas celui d’imaginer une communauté importante, mais centrée autour de Lyon. Cela peut passer par des moyens détournées (l’ouverture d’un espace de coworking à Paris Gare de Lyon par exemple), mais toujours au service de la communauté lyonnaise. Et c’est ce qui assure la cohérence du projet. Car lorsqu’on est responsable vis à vis d’une communauté de taille finie, on ne peut pas se permettre de gâcher des choses, en pensant qu' »il y en aura toujours d’autres pour venir ». Et cette responsabilité locale implique naturellement une responsabilité globale de la structure.

Une taille maximale ?

Toutes ces considérations sont cependant valables jusqu’à une certaine taille. A un moment donné, la taille de l’équipe met en danger l’unité du projet. Tout le problème est de savoir quel est ce « moment donné ». Les projets évoqués dans Small Giants parlent d’un palier important lorsque l’équipe atteint 50 personnes. Nous n’en sommes pas du tout là, et la question se pose déjà de savoir si nous souhaitons arriver là. Car la question la plus importante est surtout de savoir « Pourquoi grandir ? ».

Pour nous, les deux raisons principales sont

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la volonté d’avoir un impact visible sur les nouvelles manières de travailler, sur le partage et le collaboratif, sur le développement local et la responsabilité.

Le souhait de créer un modèle d’entreprise à la fois solidaire et rentable. Nous voulons montrer que c’est possible, qu’il n’y a pas un fossé automatique entre solidarité et économie. Et ainsi donner envie à d’autres de suivre ces traces dans d’autres domaines, pour créer une société plus apaisée.

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Tant que nous servirons ces deux causes, il sera utile de grandir. Dès lors que la croissance ira à l’encontre de ces objectifs, il faudra savoir s’arrêter. L’important est de continuer à se poser la question.

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